Affaire Sydney Manoka : un réquisitoire scandaleux
Le 6 novembre 1998, Sydney Manoka, jeune zaïrois, marié et père d'un enfant, rentre à son domicile en rollers en fin d'après-midi. Derrière lui, un automobiliste s'impatiente, klaxonne et fait des appels de phares. Excédé, Sydney donne un coup dans son rétroviseur et poursuit son chemin.
Une voisine connaissant l'automobiliste et le sachant fonctionnaire de police à la retraite, appelle le commissariat de Mouveaux et affirme : " venez vite, un de vos collègues à des difficultés ". Un premier policier arrive dans le secteur et retrouve Sydney poursuivant sa route. Celui-ci admet avoir eu une altercation avec un automobiliste à deux pas de là et se propose de le rejoindre pour faire un constat à l'amiable. Les policiers lui demandent de monter dans leur véhicule. Sydney refuse, arguant du fait qu'il suffit qu'il rejoigne l'automobiliste en rollers, suivi par le policier s'il le désire.
Très vite, la situation dégénère, le fonctionnaire de police, " Laurier 44 ", tente d'attraper Sydney par le bras et le déséquilibre. Pendant ce temps, les appels radios continuent et deux membres de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) de Tourcoing se rendent sans plus attendre sur les lieux du... bris de rétroviseur. Lorsqu'ils arrivent, Sydney est en train de tenter de se relever. Un homme au sol, rollers aux pieds, accusé d'avoir cassé un rétroviseur et présentant, en outre, l'indubitable singularité d'être noir de peau, telle est la situation que " Laurier 15 " et " Laurier 22 " jugent dangereuse. Ils interviennent de suite, plaquant Sydney au sol et tentant de lui passer les menottes. Sydney se débat. Les policiers pèsent alors de tout leur poids sur l'individu plaqué au sol (sur le dos et sur les jambes), le menotte aux poignets et aux chevilles, aidés en cela par... le retraité de la police venu donner un coup de mains à ses " collègues ". Sydney ne se débat plus, il ne dit plus rien : il vient d'étouffer. Les policiers mettent alors le corps dans un car - lequel vient d'arriver sur les lieux - et l'emmène au commissariat de Tourcoing. A 19H19, les pompiers arrivent et constatent la mort de l'interpellé.
Le procès
Le procès des cinq policiers mis en cause dans cette sordide affaire se tenait le 25 avril dernier au TGI de Lille. Deux d'entre eux étaient accusés d'homicide involontaire et les trois autres de non assistance à personne en danger ; chefs d'inculpations ne permettant pas à notre association de se porter partie civile.
Dans la salle d'audience, l'ambiance est tendue : la famille de la victime (Virginie, sa veuve, mais aussi sa mère, ses frères et ses s½urs venus spécialement du Zaïre) ne trouve plus de place pour s'assoir, les policiers étant venus en nombre pour soutenir leurs collègues. Il faudra leur demander à plusieurs reprises de laisser un peu de place aux parties civiles avant qu'ils ne s'exécutent... Une dizaine de membres de notre Mouvement est là pour soutenir Virginie dans cette dramatique situation.
Très vite, le Procureur de la République donne le ton. Selon lui, et contrairement à ce qui a été dit dans les médias et colporté par certaines associations, il ne saurait être question de racisme dans cette affaire, la preuve : les policiers inculpés ont d'excellents états de service et l'un d'entre eux pousse même le zèle jusqu'à souffrir d'une dépression depuis les faits.
Un réquisitoire scandaleux
Dans ces conditions, difficile d'être étonné par son réquisitoire de fin de journée. Le Procureur ne voit dans cette affaire d'homicide que " négligences " et " dérapages ". Il ne réclame, en conséquence, que 12 mois de sursis pour les deux fonctionnaires inculpés d'homicide involontaire et 10 mois avec sursis pour les trois policiers inculpés de non assistance à personne en danger. D'un côté, il y aura eu un mort pour un bris de rétroviseur et de l'autre, des peines symboliques et la liberté pour les responsables de cette mort. Résultats des délibérés le 5 juillet prochain.
voici l'un des fonctionnaire de police qui à étais mis en examen d'homicide involontaire sur Sydney Manoka
Vandekerchove Regis demeurant a roncq, toujours en service dans ce commissariat ,